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vendredi 25 octobre 2019

n°310
Autoportrait à la fourrure (1500)
Albrecht Dürer



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Œuvre : Autoportrait à la fourrure
Artiste : Albrecht Dürer 
Année : 1500
Technique : Huile sur panneau de bois de tilleul
Epoque : les Temps Modernes
Mouvement : Renaissance allemande
Lieu : Alte Pinakothek, Munich (Allemagne)



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Voici le dernier des trois autoportraits du peintre allemand Albrecht Dürer. Le plus connu,  le plus spectaculaire mais aussi le plus complexe.

Vêtu d’un long manteau de fourrure, Dürer est ici âgé de 28 ans. Le peintre a de long cheveux bruns ondulés, une barbichette et une moustache. Le fond noir, les tons sombres contrastent avec la grande lumière qui illumine son visage.
Il fait face au spectateur  et laisse voir son corps en buste, une position peu courante à  une époque où les portraits sont de profil ou de trois-quarts. La position frontale était surtout  réservée aux rois figures religieuses. Cette frontalité et son regard très perçant lui donnent beaucoup de prestance et une attitude très charismatique.  Cela contraste avec  son visage assez rigide, neutre, et sans expression particulière qui souligne la maturité du jeune homme.

Des tons sombres, des cheveux longs ondulés, une barbe, un regard pénétrant… Tout cela paraît très symbolique, voire … religieux. En regardant bien, il nous fait même penser à quelqu’un…
C’est bel et bien ce qui fait de cet autoportrait l’une des œuvres les plus connues de la Renaissance allemande, c’est l’énorme ressemblance du peintre avec … Jésus-Christ !

Personne ne sait vraiment à quoi ressemblait Jésus Christ de son vivant, Mais depuis le Moyen Âge (et encore aujourd’hui), on représente le visage du Christ ainsi : une courte barbe, une moustache et des longs cheveux bruns.
Tout est fait pour que ce tableau ressemble à une œuvre religieuse : la position frontale du peintre, la symétrie du tableau (son corps forme une pyramide), et sa main tenant son manteau qui rappelle une bénédiction du Christ.

De chaque côté de son visage, deux inscriptions dorées sont mises en valeur par le fond noir. A gauche apparaissent les initiales A.D. du peintre sous la forme d’un monogramme, ainsi que l’année 1500. A droite peut se lire une phrase qui peut être traduite comme suit : "Moi, Albrecht Dürer de Nuremberg, j’ai ainsi créé, à l’âge de 28 ans, mon portrait dans les couleurs qui me caractérisent."

Difficile de dire si, à l’origine, cette ressemblance avec le Christ était volontaire ou non. Sûrement… A la même période, Dürer réalise deux œuvres religieuses où le Christ a une pose et une expression similaire à cet autoportrait.
Certains pensent qu’en tant qu’artiste, il se compare à Jésus en tant que créateur. Une autre interprétation veut que le tableau soit une manière de reconnaître que ses talents artistiques lui ont été donnés par Dieu. Enfin, d’autres pensent que le peintre était tout simplement très orgueilleux et un  peu narcissique !
Finalement, c’est peut-être un peu de tout ça à la fois… !




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mercredi 14 novembre 2018

n°236
Les Ambassadeurs (1533)
Hans Holbein le Jeune



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Œuvre : Les Ambassadeurs
Artiste : Hans Holbein le Jeune  
Année : 1533
Technique : Huile sur 10 panneaux de chêne assemblés
Epoque : Temps modernes
Mouvement : Renaissance allemande
Lieu : National Gallery (Londres)


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Voici une œuvre qui a beaucoup fait parler d’elle au XVIème siècle pour son innovation. Hans Holbein le Jeune a réalisé cette toile de 2 mètres de hauteur sur 2 mètres de largeur sur dix panneaux de chêne qui ont été assemblés ensemble.

Les Ambassadeurs nous laisse découvrir Jean de Dinteville, à gauche, richement vêtu de son manteau de fourrure, qui était ambassadeur de France à Londres. Il porte une épée au côté gauche et la bague qu’il porte sur sa main droite indique son âge, 29 ans. Il porte aussi une longue chaîne autour du cou, qui représente un ange. À droite, Georges de Selve est  vêtu de noir. Il était évêque mais également  ambassadeur auprès du pape à Rome. Contrairement à son ami, il est vêtu très sobrement et tient solidement sa paire de gants dans sa main droite, en appuyant son coude sur un livre qui indique son âge, 25 ans.

Le tableau fut commandé à Hans Holbein par Jean de Dinteville lui-même afin d’illustrer la bonne entente entre les deux hommes et le travail qu’ils mènent ensemble pour réconcilier au sein de l’Eglise, les catholiques et les protestants.

L’œuvre est également riche en objets qui témoignent des inventions et des découvertes de la Renaissance et l’obsession des hommes pour les nouvelles connaissances. Au centre du tableau, ces objets sont d’ailleurs presque mis davantage en valeur que les deux hommes. Les objets font tous référence au quadrivium, c’est-à-dire aux quatre  sciences mathématiques :
- la géométrie : le tapis aux motifs géométriques (carrés), le globe (une sphère), l’horloge solaire (cylindre), un cadran solaire (polyèdre), une équerre dans le livre, un compas.
- l’arithmétique : le livre de mathématiques ouvert à la page des divisions.
- la musique : le luth, un livre de cantiques ouvert, quatre flûtes dans leur étui.
- l’astronomie : le globe terrestre, une sphère céleste, une horloge solaire, un quadrant blanc placé derrière un autre quadrant, un cadran solaire, un torquetum (instrument de mesure astronomique).

Tous ces nouveaux savoirs rendent ces hommes puissants. Tous ces objets ainsi que la position fière des deux hommes illustrent le luxe, le pouvoir et une certaine arrogance.
Cela symbolise d’une certaine manière l’état d’esprit de la Renaissance : l’homme se tourne sur lui-même et se détourne de la foi et de la religion. D’ailleurs, un crucifix à peine visible apparaît dans le coin supérieur gauche du tableau. Il est à moitié caché derrière le rideau, comme s’il n’avait que peu d’importance pour les deux hommes.

C’est bien lorsqu’on observe attentivement le tableau qu’on observe une étrange forme claire et allongée qui lévite au centre du tableau. On a du mal à l’identifier sa taille et sa position centrale dans le tableau nous indique qu’il s’agit de quelque chose d’important. C’est en effet cette forme qui rendra ce tableau célèbre dans le monde entier.
Innovation incroyable pour l’époque, le peintre a tout simplement peint … un crâne ! Si, si ! Pour percer ce mystère, il faut tout simplement regarder le tableau de biais. Alors l’image se déforme, les richesses s’effacent, et un crâne humain prend forme. C’est ce que l’on appelle une anamorphose, une illusion d’optique dont le principe est de déformer une image afin qu’elle ne soit visible correctement que si on la regarde d’un point de vue précis. Lorsque l’on observe le tableau de l’extrême droite, avec une vue rasante, on aperçoit un crâne.


Ce crâne est ce qu’on appelle une vanité. Il symbolise la Mort et l’idée que l’existence et la vie humaine n’a finalement que peu d’importance car la Mort est toute puissante.  La présence de ce crâne vient provoquer ces deux hommes en leur disant que ni le luxe, ni le pouvoir, ni même le savoir ne nous permettront de lui échapper. Tous ces objets, si importants à l’époque, n’ont donc plus vraiment de valeur ni d’importance.

Le seul point de vue qui permet de masquer complètement le crâne, c’est lorsque que l’on regarde le tableau de biais, à partir du crucifix, ce qui a pour effet « d’écraser » la mort.  Sans doute une manière pour le peintre de remettre la religion au centre de tout.


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jeudi 4 juin 2015

n°188
Rhinocéros (1515)
Albrecht Dürer



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Oeuvre : Rhinocéros
Artiste : Albrecht Dürer 
Année : 1515
Technique : Estampe
Epoque : Temps Modernes
Mouvement : Renaissance allemande
Lieu : British Museum (Londres)


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Le rhinocéros, dont le nom date de l'époque romaine, signifie littéralement corne sur le nez, est un animal qui a toujours impressionné l'homme par son aspect terrifiant et massif. Représenté dès les temps préhistoriques, il a, au cours des siècles, été souvent l'objet d'estampes, de tableaux ou de sculptures. Ce Rhinocéros en est un exemple.

Nous sommes en 1515. Manuel 1er roi du Portugal reçoit en cadeau un rhinocéros  par un gouverneur indien. Quand, l’animal débarque à Lisbonne, c’était la première fois depuis l’Antiquité qu’un rhinocéros vivant était vu en Europe. Entre le 20 mai et le 3 juin 1515, le rhinocéros fut à Lisbonne l’objet de la curiosité générale : artistes et savants en firent des croquis et des descriptions qu’ils envoyèrent à leurs correspondants en Europe.

A partir de l’un de ces croquis qui décrit en détail l’animal, l’artiste Albrecht Dürer réalise une gravure sur bois (une estampe), sans jamais avoir vu de ses propres yeux de rhinocéros !

C’est pour cela que la gravure montre un rhinocéros assez différent de la réalité. Ici, l’animal apparaît davantage comme un animal légendaire.  On y remarque de nombreuses erreurs anatomiques dans la représentation de l’animal : Sur son dos, le rhinocéros porte une petite dent de narval, les plis de l’animal ressemblent à une carapace de crustacé, ornée de motifs. Sa peau est traitée comme des écailles de reptile. La queue de l’animal est une queue d’éléphant.

Le texte qui accompagne la gravure est aussi surprenant:
« En l’année 1513, après la naissance du Christ, on apporta de l’Inde à Emmanuel, le grand et puissant roi de Portugal, cet animal vivant. Ils l’appellent rhinocéros. Il est représenté ici dans sa forme complète. Il a la couleur d’une tortue tachetée, et est presque entièrement couvert d’épaisses écailles. Il est de la taille d’un éléphant mais plus bas sur ses jambes et presque invulnérable. Il a une corne forte et pointue sur le nez, qu’il se met à aiguiser chaque fois qu’il se trouve près d’une pierre. Le stupide animal est l’ennemi mortel de l’éléphant. Celui-ci le craint terriblement car lorsqu’ils s’affrontent, le rhinocéros court la tête baissée entre ses pattes avant et éventre fatalement son adversaire incapable de se défendre. Face à un animal si bien armé, l’éléphant ne peut rien faire. Ils disent aussi que le rhinocéros est rapide, vif et intelligent.»

Le Rhinocéros de Dürer est une estampe. C’est une image imprimée à partir d’une pièce de bois gravée. Cette technique est appelée « taille d’épargne » car le graveur épargne le dessin. Il creuse les parties non dessinées laissant intact le trait du dessin qui reste en relief pour recevoir l’encre.

Malgré ses erreurs anatomiques, la gravure de Dürer devint très populaire en Europe. Quatre à cinq mille impressions de cette image ont été vendues de son vivant et fut copiée après la mort de l’artiste à maintes reprises durant les trois siècles suivants. Elle a été considérée comme une représentation réaliste d’un rhinocéros jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Par la suite, des dessins et peintures plus corrects la remplacent.

Alors que Dürer rencontre le succès avec son œuvre, le vrai rhinocéros va connaître une fin beaucoup plus tragique : vers la fin de 1515, le roi de Portugal, Manuel Ier, envoya l’animal en cadeau au pape   Léon X, mais il mourut dans un naufrage au large des côtes italiennes au début de 1516.



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